Deux villes situées à la même latitude peuvent montrer des situations très différentes. L’une accumule les signalements autour de pins d’ornement. L’autre reste peu touchée malgré des hivers doux. Les travaux récents d’INRAE expliquent pourquoi une carte de progression ne se lit ni comme une marée ni comme un thermomètre.
Le froid ne raconte qu’une moitié de l’histoire
La processionnaire du pin développe ses colonies pendant l’hiver. Des températures minimales moins sévères favorisent son alimentation et sa survie. Cette relation aide à comprendre l’expansion observée vers des régions plus septentrionales au cours des dernières décennies.
Mais un hiver doux ne suffit pas toujours. Une étude internationale pilotée par INRAE et publiée en 2025 met en avant le rôle du rayonnement solaire. Le nid de soie sert de capteur thermique : il accumule la chaleur reçue le jour et permet aux larves de poursuivre leur développement.
Le soleil d’hiver dessine une limite inattendue
À haute latitude, la douceur relative peut être compensée par un ensoleillement insuffisant. Les chercheurs estiment que ce facteur pourrait freiner l’installation au-delà d’environ 55 degrés nord. La limite écologique ne dépend donc pas d’une seule moyenne de température.
À une échelle locale, l’exposition de l’arbre compte aussi. Une lisière ensoleillée, un talus orienté au sud et un îlot urbain ne proposent pas les mêmes conditions qu’un versant ombragé. Cela explique une partie des contrastes visibles dans un même territoire.
Pourquoi l’expansion reste lente
Le climat peut rendre une zone favorable avant que l’insecte ne l’atteigne. Les femelles adultes se dispersent naturellement sur des distances limitées. Le front n’avance donc pas instantanément, même lorsque les conditions se détendent plus au nord.
Ce décalage offre une fenêtre de prévention. La surveillance des premiers foyers, l’information des gestionnaires et le choix des essences plantées peuvent ralentir l’installation dans des secteurs encore peu concernés.
Le rôle discret des pins d’ornement
Des pins plantés dans les lotissements, parcs, ronds-points et cours peuvent constituer des hôtes attractifs. INRAE souligne que les choix d’aménagement urbain participent à la dynamique locale. Une ville n’est donc pas extérieure au phénomène forestier.
Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer tous les pins. Une politique utile commence par l’inventaire des arbres proches des usages sensibles, puis combine surveillance, information et intervention ciblée. Une réaction uniforme coûterait plus cher et créerait davantage d’impacts non désirés.
Ce que la carte peut dire, et ce qu’elle ne peut pas dire
Les signalements montrent une présence observée, avec les biais propres à la fréquentation humaine. Un parc très utilisé génère naturellement plus de données qu’une forêt privée peu parcourue. Une zone sans point n’est donc pas automatiquement une zone sans processionnaires.
La bonne lecture combine plusieurs couches : observations récentes, historique, saison locale, essence des arbres et densité de passage. La cartographie devient alors un outil de décision, pas une promesse d’exhaustivité.
Une progression biologique et une progression des signalements ne sont pas la même courbe. L’une décrit l’espèce, l’autre décrit aussi l’attention humaine.
Pour vérifier et aller plus loin
Ce guide s’appuie sur les ressources publiques ci-dessous, consultées et vérifiées le 23 août 2026.